Chez le Bibliothécaire

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vendredi 20 juillet 2012

L'HOTEL DE LA COURONNE D'OR Bistriitz

19 juil 2012

 

Liberation

L’hôtel de la Couronne d’or

« Il faisait déjà nuit lorsque nous arrivâmes à Bistritz qui, je l’ai dit, est une vieille ville au passé intéressant. (…) Le comte Dracula m’avait indiqué l’hôtel de la Couronne d’or. (…) On me servit ce que l’on appelle ici un «steak de brigand». (…) Je bus du Mediasch doré, vin qui vous pique légèrement la langue mais, ma foi, ce n’est pas désagréable du tout. »

Journal de Jonathan Harker (3 et 5 mai), repris par Bram Stoker dans Dracula.


Post 10Comme Jonathan Harker quelques 120 années avant nous, nous rejoignons Bistrita à la nuit tombée. Localiser l’hôtel de la Couronne d’or ne nous prend guère de temps: il est énorme et se dresse, imposant, sur l’une des plus importantes places du centre-ville. Pourtant, inutile de chercher à retrouver l’ambiance de vieille demeure évoquée par le héros de Dracula: comme il n’existait pas d’hôtel de ce nom à Bistrita, la municipalité a tout simplement décidé d’en construire un, durant les années 1970, afin que les touristes effectuant le Dracula Tour aient quelque chose à se mettre sous la dent. Et tant qu’à faire, les gens à l’origine du projet ont vu les choses en grand: il s’agit d’un vaste établissement de plus d’une centaine de chambres. À l’entrée, une large volée de marches nous mène dans un hall gigantesque au fond duquel nous apercevons les portes d’un salon «Jonathan Harker».
Dans le restaurant, où résonnent les notes d’un trio de musiciens de jazz, nous découvrons avec joie que le menu comporte le fameux «steak de brigand» (Frigarui en Roumain) que mangea notre héros plus d’un siècle auparavant. Afin de réaliser ici l'expérience la plus complète possible, nous demandons à une serveuse si leur cave comporte du Médiash doré, comme Harker encore. La jeune femme fait la grimace et nous explique que la production de ce vin particulier a été stoppée. Comme pour s’excuser, elle nous offre des cocktails «Dracula», un alcool indéterminé assaisonné de colorant rougeâtre…
Lorsque la serveuse revient avec les steaks de brigands (du lard et de l’échine de porc grillés sur une brochette), nous profitons de son anglais correct pour échanger au sujet du tourisme lié au roman de Bram Stoker. L’alcool aidant, nous nous confions peu à peu à elle et lui expliquons que la raison de notre voyage est différente: il ne s’agit pas d’un pèlerinage mais bel et bien d’une quête. Et nous en voulons pour preuve l’étrange malédiction qui semble nous poursuivre depuis notre arrivée en Roumanie: le subit mal de dos qui m’a foudroyé à Bucarest et qui continue de me handicaper aujourd’hui, ou encore les écueils de notre périple dans la région du col de Borgo. Comment ne pas voir dans ces faits l’esprit de Dracula, revenu du passé pour nous empêcher de mener à bien notre projet? Avec un sourire, la serveuse nous dit que nous lui paraissons les plus cinglés de tous les clients «Dracula» qu’elle a vus jusqu’alors. Le compliment nous va droit au cœur. Un peu plus tard, elle revient vers nous avec un large sourire et nous présente une bouteille dont l’étiquette sobre porte l’inscription «Mediasch doré». Nous ouvrons de grands yeux, comme des gamins le jour de Noël, tandis qu’elle nous explique que le caviste du restaurant vient de retrouver leur dernière bouteille! Il pourrait même s’agir de l’ultime bouteille de toute la Roumanie puisque cette manufacture proche de Sibiu en a abandonné la production quatre ans auparavant.
D’après Harker, il s’agit d’un vin agréable et pétillant. Notre bouteille ne présente pas vraiment de bulles mais cela ne l’empêche pas d’être agréable; j’y trouve même l’arrière goût curieux des vins jaunes du Jura. La bouteille vidée, je m’extasie en découvrant des testicules au menu. Nous en avalons une assiette en guise de dessert avec la Palinka (une eau de vie un peu plus corsée que la célèbre Tuica de l’apéritif). La suite ne me laisse aucun souvenir, mais je suis sûr que nous fêtons dignement le fait d’avoir goûté à la dernière bouteille du vin de Jonathan Harker !

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