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jeudi 4 août 2011

LA FIN DU MONDE DANS VALEURS ACTUELLES

Apocalypse.

Les illuminés de l’an 12


Toujours promise, jamais réalisée, la fin du monde renaît une nouvelle fois de ses cendres millénaires. Avec ses peurs contagieuses et ses théories délirantes.

« Et je vis, quand il eut ouvert le sixième sceau, qu’il se fit un grand tremblement de terre, et le Soleil devint noir comme un sac de crin, la Lune entière parut comme du sang, et les étoiles du ciel tombèrent vers la Terre, comme les figues vertes tombent d’un figuier secoué par un gros vent. » Dans l’Apocalypse, saint Jean l’évangéliste décrivait déjà la fin du monde, précédant le retour du Christ rédempteur. Une prophétie proclamée par les plus grandes civilisations depuis la nuit des temps et qui me nace à nouveau du pire l’humanité de notre siècle. Le “millésime 2012” sera le 183e du genre identifié depuis la chute de l’Empire romain.

Dans son ouvrage le Mythe de la fin du monde. De l’Antiquité à 2012 (Trajectoire), l’historien Luc Mary rappelle que « la fin du monde existe depuis que le monde existe. Cela fait partie de notre patrimoine […]. La recherche la plus angoissante pour l’homme concerne son destin et la destinée du monde dans lequel il évolue […]. La peur apocalyptique a une fonction sociale ; elle va permettre de relativiser nos tracas, nos soucis qui devraient ainsi s’estomper.[…] Depuis les invasions barbares jusqu’à l’agonie du IIIeReich, on ne compte plus le nombre de prévisions qui ont annoncé l’ultime année de l’humanité. À défaut d’être une réalité, la fin du monde est devenue un mythe incontournable de notre longue histoire. »

En 999, l’Europe chrétienne tout entière est agitée par une “fièvre apocalyptique”. Une “peur de l’an 1000”, cultivée sur les croyances mystiques de l’époque, fait redouter les pires cataclysmes : comètes, tremblements de terre, déluges, famines, épidémies foudroyantes. Relativisée depuis par les historiens, cette crainte du millénaire s’est pourtant reproduite à l’aube de l’an 2000, convoquant tour à tour Satan, le feu nucléaire, une pluie de météorites ou les extraterrestres. Au lieu de quoi, même le bug informatique tant redouté n’a pas eu lieu. En 1999, Paco Rabanne se faisait ainsi, dans un flagrant délire, le triste augure d’un Paris dévasté par la chute de la station orbitale Mir : le 11 août, jour de l’éclipse totale de Soleil, les Parisiens transformés en torches humaines se jetteront par milliers dans la Seine, professait alors le célèbre couturier.

Avant lui, le moine cistercien Joachim de Flore, Nos tradamus, les Témoins de Jéhovah et d’obscures sectes autoproclamées s’étaient piteusement illustrés dans le catastrophisme ésotérique. Plus récemment, la mise en route de l’accélérateur de particules du Cern, installé près de Genève en 2008, affolait la Toile. Certains redoutaient la formation d’un trou noir qui engloutirait le globe, hypothèse jugée pourtant farfelue par les scientifiques.

Longtemps réfugiés dans la religion, les prê cheurs de malheur ont progressivement modifié leur discours. De théologique, la peur de la fin du monde se fait technologique (armes nucléaires) au milieu du XXe siècle, pour devenir depuis peu furieusement écologique. « Après les guerres, les épidémies, les famines, les explosions atomiques, c’est de la nature même et de sa corruption par l’homme que devrait venir notre extinction : réchauffement de la planète, fonte de la calotte glaciaire, tsunamis, inversion des pôles terrestres, collision planétaire », précise Luc Mary. Un climat anxiogène, amplifié par les crises éco nomiques et financières à répétition et la profonde remise en question de nos modèles de société. Une résonance et une banalisation auxquelles participent aussi les nouvelles technologies de l’information et de la communication désormais mondialisées, comme Internet.

Une nuée de sites spécialisés y recensent les pires catastrophes passées et à venir : des textes ensablés depuis l’Antiquité sont exhumés, déchiffrés et torturés pour échafauder la prochaine théorie à la mode. Et si beaucoup résistent aux rumeurs, d’aucuns se préparent déjà au cataclysme final. À Bugarach, dans l’Aude, des illuminés du monde entier affluent en procession. Selon certains, le village devrait être épargné lors de l’apocalypse de 2012. Il faut dire que la montagne voisine abriterait une base militaire secrète, un trésor, des ovnis et un “vortex” permettant l’accès à une civilisation disparue.

Ailleurs, aux États-Unis surtout, des groupes isolés se forment et construisent leur propre abri de fortune, amassant provisions, médicaments et manuels de survie. On les appelle les “survivalistes”. Une société américaine propose même des bunkers tout équipés pour moins de 10 000 dollars. Succès garanti : depuis le séisme de mars dernier au Japon, ses réservations ont augmenté de 1 000 %. L’acteur et scientologue invétéré Tom Cruise posséderait déjà le sien sous sa pro priété du Colorado. Pour se protéger des aliens, dit-on.

Aujourd’hui, tous les oracles l’assurent : la prochaine fin du monde est prévue pour 2012. Le 21 décembre, selon les plus initiés. Une précision sidérale qui laisse présager les pires scénarios. Phénomène rare : la plupart des prophéties semblent converger vers la même date fatidique. Dans ce “millefeuille doctrinal apocalyptique”, les théories millénaristes anciennes y côtoient la pensée New Age des années 1960. « Dès les débuts de la propagation moderne de l’idée d’un Nouvel Âge, des croyances en une transformation du monde – parfois au travers d’événements apocalyptiques – étaient bien présentes. À travers la diffusion du thème de 2012, le Nouvel Âge comme aspiration à une transformation planétaire est remis au goût du jour », explique Jean-François Mayer, historien des religions et spécialiste des sectes. La fin du monde est alors perçue comme une « transformation mondiale radicale pour accéder à un âge de lumière et de sagesse ».

Une vision qui trouve son origine il y a plus de deux mille ans chez les Mayas, dont le calendrier arriverait à échéance le 21 décembre 2012, marquant la fin du 5e cycle solaire. Une série de cataclysmes devrait alors précéder la survenue d’un nouveau monde. Pour d’autres, ce jour maudit révélé par les “codes secrets” de la Bible et la numérologie, et qui coïncide avec le solstice d’hiver et un pseudo-alignement planétaire, nous promet une inversion des pôles magnétiques, voire un changement d’axe terrestre. Éruptions solaires, trous noirs, collision avec un astéroïde ou une météorite : tout y passe. Une mystérieuse planète X ou planète Nibiru, découverte par les Sumériens, est même censée frôler la Terre en 2012, déclenchant un tsunami géant. Des canulars, tous démontés par la Nasa. Tant pis. Pour les plus fanatiques, la vérité est ailleurs.

Du côté des Templiers de Jérusalem ; du Yi King, le livre chinois des mutations ; des hindous ; des bouddhistes tibétains ; de la pythie de Delphes ; de Merlin ; des illuminati ou des Amérindiens. Même le projet Web Bot, programme informatique créé en 1997 par deux conseillers financiers pour prédire les cours de Bourse, est formel : son analyse du langage Internet, qui permet d’établir un « aperçu du subconscient universel », pronostique le pire pour 2012.

Seule menace réelle à l’horizon : l’astéroïde Apophis, repéré en 2004. Ce caillou de 270 mètres de diamètre et d’une masse d’environ 27 millions de tonnes pourrait venir frapper la Terre en 2036. Avec une chance sur 250000… Amaury Brelet

Photo © Leemage

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