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lundi 14 novembre 2011

COMPLOTONS !

 

La mère de toutes les “théories du complot”


14/11/2011 - Faits et commentaires

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La mère de toutes les “théories du complot”

14 novembre 2011 – Sans doute était-ce pour saluer 11/11/11 et l’événement qui n’a peut-être pas eu lieu (toutes les “théories” à propos de cette date) que Nick Harding publie, dans The Independent, le 12 novembre 2011, un long article sur “la vérité et les mensonges”, ou plutôt sur les “théories du complots”, ou la thèse de la “théorie du complot” en général, avec les rumeurs, affirmations, “révélations” de “complots” qui ne cessent de se développer partout et de se répandre à une prodigieuse vitesse dans les “réseaux sociaux” et sur l’Internet en général.
L’article se veut “objectif”, ou dans tous les cas “scientifique”, impliquant ainsi une démarche significative en elle-même… Cela observé, on conclura aussitôt, mais plutôt en forme de préliminaire, que, bien plus qu’à propos de la “théorie du complot”, ou de tel ou tel “complot”, cet article nous en dit beaucoup sur l’état et sur l’état d’esprit du Système. On pourrait la saluer à l’emporte pièce en observant qu’une démarche “objective” et “scientifique” à la fois constitue, aujourd’hui, un véritable complot en soi, – ou mieux, la mère de toutes les “théories du complot”. Mais il faut aller plus loin que l’emporte pièce, – pour découvrir d'ailleurs qu'on s'y retrouve...
L’article observe l’évidence, avec l’évidence de l’évidence soulignée par nous, savoir que «[c]onspiracy theories are cultural viruses. Once they infect the zeitgeist, it is extremely difficult to stamp them out – no matter how solid the evidence against them is. […] Today, there are more conspiracy theories and more conspiracy theory believers than ever before.» Il développe diverses observations sur les “théories du complot” et les “complots” en cours et en vogue, sans apporter de révélations remarquables. Il met l’accent sur cette autre évidence du rôle formidable des moyens technologiques du système de la communication, ce qui conduirait évidemment à l’observation sempiternelle que le Système s’est créé là un Janus inaltérable et qu’on retrouve partout. (En effet, déjà apparaît l’évidence que cette prolifération de la “théorie du complot”, quel que soit le “complot”, dans quelque sens politique qu’il aille, qu’il soit vrai ou pas selon ce qu’on en sait, est, en soi, considérée comme un danger et une très mauvaise chose par le Système. Notez bien qu’il s’agit du processus qui pousse à imaginer, considérer, accepter, vivre avec l’idée de “complot”, etc., qui est en cause, et non pas mettre à nu un “complot” qui, devenant alors un complot vérifié, entrerait dans le cycle de l’information, y compris l’information officielle, et ne serait plus un “complot”. C’est l’essentiel du propos qui s’amorce, pour notre compte, et ce qui fait l’essentiel de l’importance du “complot”, – dans le fait qu’un “complot” reste un complot, dans le fait qu’il ne soit pas mis à jour ou complètement discrédité.)
Deux choses, à ce stade, méritent d’être notées… Nous les accompagnons de cet avertissement qui sera plus loin substantivé : nombre de citations, de constats, etc., relèvent de citations de scientifiques, de travaux scientifiques, etc. Nous les prenons comme des faits statistiques éventuellement intéressants, et surtout nous nous intéressons aux opinions qui en découlent chez ces acteurs-là. En aucun cas, cela suppose que nous prenions position par rapport à la “théorie du complot”, et encore moins, bien entendu, que nous partagions leur conclusion implicite qui est, soit de ridiculiser tous les “complots”, soit de les considérer comme une déviance psychologique unilatérale, – celle des “complotistes”. Ce qui nous intéresse, comme toujours selon notre démarche de l’inconnaissance, c’est l’essentiel qui est de décortiquer sans trêve ni repos l’influence et les effets du Système, directement, ou indirectement sur les serviteurs du Système.
Voici donc les deux choses :
• L’extraordinaire prolifération des convictions et des jugements favorables, non seulement ou pas seulement à “la théorie du complot”, mais à des complots spécifiques, qui jouent un rôle politique évident… «The number of people who believe conspiracy theories is staggering. According to various recent surveys, a third of Brits believe Princess Diana was murdered (a Daily Mail survey), a quarter believe the moon landings were faked (from Engineering and Technology magazine), nearly half of all Americans do not believe global warming is man-made (a Yale University survey) and 84 per cent of them believe 9/11 was an inside job (a New York Times/CBS poll)…»
• L’importance capitale de la “théorie du complot” comme ciment unificateur de nombre d’organisations, y compris des organisations menant effectivement un combat, dans des conditions de “conflit asymétriques” ou de conflits G4G (Guerre de 4ème Génération), donc dans des conditions engendrées par le Système lui-même. A ce point, on commence à voir combien le Système lui-même est indirectement responsable de ce qu’il dénonce avec véhémence : sa politique générale, belliciste, expansionniste, suscite des résistance selon des moyens asymétriques, de groupes dont la cohésion psychologique est notamment, mais fortement assurée par la “théorie du complot”… L’arroseur commence à s’arroser. «Jamie Bartlett, head of the Violence and Extremism Programme at independent think tank Demos, has studied this worrying trend. “We looked at 50 organisations including far right, far left, cults, religious extremists, radical Christians, radical Muslims, and what we found was that every one of them has some kind of conspiracy attached to it,” he says. "The members believe in a conspiracy; sometimes it is a big global one, sometimes one directed at their specific group or interest. The conspiracy holds the group together and pushes it in a more radical direction. It serves to harden the group's ideology.”»
Il y a bien sûr des considérations psychologiques qui ne sont pas sans intérêt, quoiqu’elles relèvent souvent du sens commun et de l’enfonçage des portes ouvertes. On en citera deux à nouveau, et la seconde introduisant l’essentiel de notre sujet.
• A l’issue d’expériences de groupe, une équipe universitaire britannique de psychologie a fait des constats intéressants sur la diffusion “automatique” de la “théorie du complot”, en ce sens que le processus psychologique derrière cette théorie, une fois expérimenté, touche souvent ceux qui ne croit pas au “complot” dans le cas qui leur a été exposé. Cela pourrait être valable également, après tout, pour ceux, qui, dans les structures du Système, luttent contre la diffusion de la “théorie du complot”… Le Dr. Douglas (cité ici) part d’une expérience où deux groupes ont été confrontés, l’un ayant été mis au courant de la “théorie du complot” contre la princesse Diana, l’autre l’ignorant : «Both groups were then asked a series of questions about their belief systems and their belief in conspiracies. Respondents were asked to grade their answers. Analysis of the answers suggested that those who had read the material were more likely to believe other theories. “What we found was that people were actually strongly influenced by the theories even though they thought they hadn't been,” explains Douglas. “You don't think you are being influenced by them but you are. When you read about them all the time and they are everywhere and growing in popularity, they start to influence how you interpret significant events.”»
• Le deuxième point concerne la psychologie des “croyants” dans la “théorie des complots”. L’intérêt de ces remarques, cela nous conduisant effectivement au centre de nos propos, est bien le rapport établi entre ceux qui croient à tel ou tel complot, et la situation générale du monde, présentement, particulièrement dans la période commencée le 11 septembre 20021. «“Believers are mainly people who are trying to make sense of a chaotic universe and looking for some form of framework to guide them to do that”. Indeed, we as human beings often need major world events to be explained by equally major causes. It is too frightening to live in a world where 19 Arabs with box-cutters can change the course of history in a matter of a few hours. Instead, it is easier to believe that a huge government conspiracy was behind 9/11.»
Là-dessus, effectivement, nous élargissons notre propos, d’abord dans le choix des citations ci-dessous. Ces citations sont soit disséminées dans le texte, soit regroupées dans un ensemble de trois paragraphes à la fin du texte, comme conclusion. Cette répartition est un bon indice des préoccupations, à la fois de l’auteur et des milieux qu’il représente, à la fois des personnes (scientifiques) qu’il a interrogées et des milieux qu’elles représentent.
«The rise of conspiracy as a cultural phenomenon can in part be attributed to the uncertain times we live in. In the same way that paranormal beliefs and religious extremism peak during times of economic and social upheaval, so too does the number of people who believe in conspiracies. Yet conspiracy theory remains a little-studied area. […]
»Studies have identified a core set of psychological variables which correlate to belief in conspiracy theories. Perhaps, unsurprisingly, these include low levels of trust – not just in authority but in individuals – and high levels of anomie, the feeling that things are getting worse, alienation and powerlessness. […]
»A mistrust of government is a key factor behind many theories. The most enduring of which almost always involve some aspect of malign and underhand government or secret-service activity. While some conspiracy theories remain largely harmless to society, ones that foster mistrust in authority are increasingly being shown to have serious large-scale consequences. […]
»One study carried out by Dr Douglas and her team at the University of Kent discovered that conspiracy theories affect the democratic process. “We asked people to read a range of theories about the government. Without any supporting evidence the theories suggested that governments hide information and are involved in shady plots and that we should be suspicious of them. We found that the people who read that kind of information were more reluctant to engage in the political processes.” […]
»…Although it is worth pointing out that some conspiracy theories have been proved true (Watergate, for instance, proved right suspicions about Nixon's dishonest activities) and that authority should be questioned, the warped and selective mindset displayed by die-hard political conspiracy theorists leads to a lack of understanding about how governments work and, on a psychological level, stops people reasoning properly and making deductions based on evidence.
»“If you do believe in conspiracy theories, the reasoning you apply is illogical, emotion-driven, irrational, and non-evidence based,” says Bartlett. “I don't like people believing nonsense because it doesn't do them any good. Conspiracy theories absolutely demolish the small modicum of trust we still have in our governments. We still need people to trust that sometimes authorities do the right thing, yet there are millions of people who genuinely believe they conspire against and murder their own people.”
»The truth is out there, and if you know the right places to look, it is not hard to find. But as long as conspiracy theories continue to be propagated and believed on the scale they are today, the truth will remain masked by crackpot theory and myth.»
…Ainsi, avec ces dernières citations, est mis en place l’essentiel de notre propos concernant cet article et les démarches qu’il entend décrire, ainsi que les situations dont il prétend rendre compte. Il ne s’agit nullement de “complots”, ni de la “théorie du complot”, – la justesse de ces choses, leur véracité, la psychologie de ceux qui y adhèrent, etc. Au travers de cette enquête et de ces analyses, il apparaît que le véritable sujet de l’article concerne la situation et la vérité de ces directions politiques qui dénoncent la “théorie du complot”.

Un complot général contre la légitimité

Il est remarquable de noter combien l’article, dès lors qu’il quitte le domaine de la description des “complots”, de leur critique, bref de la mise en cause systématique de la “théorie du complot”, abandonne son ton offensif, réducteur, méprisant quoiqu’un peu inquiet, pour devenir de plus en plus inquiet et complètement défensif. Comme on le lit dans les diverses citations qui sont proposées, c’est alors qu’est avancé l’argument fondamental de la menace que fait peser la “théorie du complot” sur le crédit des directions politiques, sur la franchise et la vérité de leurs politiques, notamment dans l’exposition et l’explication de ces politiques (c’est-à-dire, sur la communication de ces politiques), sur “la démocratie” enfin et bien entendu.
On réalise bientôt qu’on se trouve devant une inversion classique du Système dans le processus de réflexion de la cause à l’effet, qui explique le succès de la “théorie du complot” et des “complots” en général. Alors que les analyses inquiètes des scientifiques nous avertissent que la “théorie du complot” et tout ce qui en découle affaiblissent les directions politiques, leur crédit, la croyance dans leur sincérité, et la “démocratie enfin et bien entendu”, la logique de la vérité de la situation nous invite à considérer exactement le contraire : la cause est l’effet, et l’effet est la cause… La conséquence présentée plaintivement (l’affaiblissement à cause de la “théorie du complot”) s’avère être en vérité la cause : c’est l’affaiblissement, qu’on peut qualifier à ce point de vertigineux, des directions politiques et du reste, qui ouvre le champ à la “théorie du complot” et à tous les “complots” imaginables.
Les directions politiques du Système ont décisivement affaibli leur propre légitimité, et par conséquent leur autorité, et leur crédit en général, avec la politique générale suivie depuis septembre 2001. C’est ce que nous avions décrit, à partir de l’analyse de Harlan K. Ullman, comme la “politique de l’idéologie et de l’instinct” ; à l’origine on identifiait cette politique à l’administration GW Bush, mais elle s’est poursuivie avec l’administration Obama et s’est étendue au reste des pays du bloc BAO et des institutions internationales qui en dépendent généralement, notamment avec l’OTAN, avec l’évolution de la politique de l’Union Européenne, notamment avec le cas de la direction française depuis Sarkozy, etc. ; ainsi a-t-on pu observer que cette politique jusqu’alors perçue comme spécifique de l’américanisme, ou d’une déviation de l’américanisme dans le cas d’analyses les plus indulgentes, s’est avérée finalement devoir être historiquement identifiée comme la seule politique effectivement appliquée par les forces du bloc BAO, puis, d’une façon plus générique, comme la politique générale du Système. C’est donc toute la politique générale du Système qui s’est trouvée caractérisée par les diverses attitudes et développements constatés dans le cadre de cette “politique de l’idéologie et de l’instinct”. Lorsqu’un Rumsfeld affirmait, en octobre 2001, lors de l’attaque de l’Afghanistan, que la “vérité” était désormais une arme qu’on devait manier à son avantage dans la guerre, donc qu’on devait jouer sans aucun scrupule ni aucune dissimulation du mensonge, il mettait à nu de façon décisive le véritable comportement des directions politiques du Système. (Il n’y a bien entendu pas de surprise factuelle dans la déclaration de Rumsfeld, mais une objectivation, une institutionnalisation de l’illégitimité de la direction politique, dans ce domaine du mépris pour la vérité et de l’usage du mensonge. Cette institutionnalisation est, dans ce cas, l’essentiel qu’il faut retenir pour constater l’évolution de la substance de cette politique.)
Cette évolution générale caractérisant le développement de cette politique du Système (la “politique de l’idéologie et de l’instinct”) a conduit à l’effondrement de la légitimité et de l’autorité des directions politiques. Toutes les références stables et objectives qui permettent de soutenir les principes de la légitimité et d’autorité légitime ont été en effet complètement brisées par ce comportement par rapport à ces principes, et ce comportement affiché d’une façon ouverte. Il s’agit d’une évolution de la sorte qu’on devrait définir comme du “relativisme darwinien” dans le champ politique, posant que plus aucun principe ne doit entraver ce qu’on considère comme la soi-disant efficacité de cette politique. (Cette “efficacité” étant effectivement complètement trompeuse, – il y a inversion, là aussi, – puisque, pour des gains tactiques apparents et extrêmement contestables par ailleurs, on sacrifiait le socle puissant des principes qui constituent la légitimité d’une politique, et son autorité par conséquent.) C’est ce que les sources de haut niveau que nous citions le 2 novembre 2011 estiment être une des plus graves, sinon la plus grave menaces des temps nouveaux de la crise générale du Système : l’effondrement de la légitimité des gouvernements et des Etats… («D’autre part, ces questions de politique intérieure, on peut même parler de “crises” constantes, sont exacerbées, suscitées, aggravées, etc., par un effondrement de la légitimité et de l’autorité des Etats, des gouvernements et des pouvoirs publics. Sans doute s’agit-il même du point central, du point de référence absolu, du point de rencontre si l’on veut de toutes les tensions et angoisses ressenties dans ces jugements, cette quasi-disparition de l’autorité des structures étatiques et de direction gouvernementale.»)
En vérité, si la “théorie du complot” prolifère, c’est parce que la direction politique, les gouvernements, les Etats, n’ont plus aucune légitimité, plus aucune existence ontologique. Par conséquent, tout devient effectivement possible, et tous les actes, toutes les déclarations de ces directions politiques perçues justement comme imposteuses et faussaires sont nécessairement soumises à un soupçon systématique et justifié. Cela ne signifie pas que les “complots” existent ou n’existent pas, – ce n’est en rien notre problème ici, – mais qu’il est absolument justifié de les imaginer, de les concevoir, de les envisager, d’en faire l’hypothèse, etc., puisque plus aucune légitimité et plus aucune autorité légitime ne sont capables de leur opposer des structures de référence incontestables et acceptables par tous. La déstructuration et la dissolution du principe de la légitimité privent les directions politiques du seul argument fondamental qui pourrait réduire la “théorie du complots” et faire cesser la prolifération de ces hypothèses et affirmations qui sont mises en accusation.
Ce qui nous importe alors, à partir du constat général de la prolifération de la “théorie du complot”, c’est que cette “théorie du complot” devient finalement une théorie plus vaste, qui se retourne complètement (inversion, toujours), qui définit finalement le système politique existant sous l’empire du Système et nullement la prolifération des hypothèses ou des “certitudes” de “complot”. La question que nous nous posons, notamment justifiées par les diverses interrogations inquiètes présentées par l’article quant à l’effet destructeur de la “théorie du complot” sur le crédit qu’il faut apporter aux directions politiques, est bien de savoir si ces directions politiques asservies au Système ne sont pas mieux définies, elles-mêmes, comme une sorte de “complot” général en place, réalisé en pleine lumière, véritablement accompli depuis ses prémisses jusqu’à son efficacité complète. Cette question, dont la réponse est évidemment positive, nous sert évidemment de conclusion.
Ainsi, le “père de tous les complots”, celui qui a été machiné par le Système contre le principe de la légitimité, a été réalisé dans une réussite totale. Il est installé au sommet des directions politiques, en interprétation incontestable au service du Système. Le “complot” règne. La “théorie du complot” est simplement le nom inverti, utilisé inconsciemment par les scientifiques et les spécialistes du domaine, pour décrire la situation actuelle des directions politiques asservies au Système. Le paradoxe complet de cette situation est que le succès général de ce “complot” des directions politiques asservies au Système implique l’affaiblissement décisif de ces directions politiques, puisque la réussite du “complot” s’est faite au prix de la légitimité et de l’autorité légitime de ces pouvoirs politiques. Parfaite illustration de l'enchaînement parallèle de la dynamique de la surpuissance et de la dynamique de l'autodestruction, ou l'accumulation de puissance accélérant décisivement la Chute.

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