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vendredi 23 décembre 2011

LE RETOUR DE LUPIN



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Arsène Lupin est de retour

Créé le 15-12-2011 à 12h22 - Mis à jour le 20-12-2011 à 11h07      1 réaction

Par Le Nouvel Observateur

On publie, dans leur version originale, les premières nouvelles de Maurice Leblanc. Sa petite-fille raconte...


Illustration, tirée de "Je sais tout" (1906) (DR)
Illustration, tirée de "Je sais tout" (1906) (DR)
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«Savez-vous? Il n'a jamais porté un haut-de-forme, ni été vêtu d'un frac!» Diable, l'heure est grave. Ainsi, selon Florence Leblanc, la petite-fille de Maurice Leblanc, Arsène Lupin n'aurait jamais été costumé en élégant de la haute! Le gentleman-cambrioleur aurait cassé les cofres, trouvé des trésors, dérobé des bijoux et vidé les poches des financiers, habillé en quidam! La preuve, souligne Florence Leblanc: «Il suffit de relire les premières nouvelles...»
Florence Leblanc
Florence Leblanc (DR)
Vingt d'entre elles sont en effet republiées dans leur texte original (ainsi, les «automobiles» des romans sont ici redevenues des «calèches»), avec les illustrations qui les accompagnaient dans «Je sais tout», le «roi des magazines», en 1905. Force est de constater que l'habit de Lupin est l'invention du dessinateur Léo Fontan: le monocle, la canne et le huit-reflets n'ont été ajoutés qu'en 1914. «Ah, vous voyez...», souligne Florence Leblanc, d'un geste de ses mains qu'elle a magnifiques.
Fondatrice du Clos Lupin, musée installé à Etretat dans la demeure de son grand-père, Florence Leblanc est aussi la gardienne des traditions: elle se bat contre les dérives, les pastiches, les déformations, les idioties. «Vous n'avez pas idée du nombre d'imitations, notamment au Japon! Ils ont même fait des séries érotiques!» Le Nippon est donc fan du gentleman-cambrioleur? Insondable Orient... «De même, il y a eu des dizaines d'adaptations cinématographiques dans le monde entier.» Et quel acteur est le plus en faveur? «Il y en a deux: Georges Descrières et Robert Lamoureux. Les autres, ma foi...» Les autres sont balayés d'un revers.
Mais enfin, chère madame, Arsène Lupin a bien été copié sur Alexandre (Marius) Jacob, ce sympathique monte-en-l'air qui a inspiré Georges Darien et son «Voleur» ? «Non. En revanche, l'idée est née en lisant «Sherlock Holmes»...»
Le débat est ouvert: Pierre Lafitte, l'éditeur-vélocipédiste de «Je sais tout» (qui signait, oui, Jehan de la Pédale), a-t-il proposé à son ami Maurice Leblanc de s'inspirer de Conan Doyle? Ou, plus probablement, de E. W. Hornung, qui inventa en 1898 un voyou élégant nommé A. J. Raffles? D'ailleurs, Hornung n'était-il pas le beau-frère de Conan Doyle? Questions, questions...
Laissons le débat aux spécialistes. Et relevons que l'immense succès d'Arsène Lupin a été démultiplié en 1908 par le théâtre. Franz Wiener (qu'on retrouvera sous le nom de Francis de Croisset, auteur chichiteux de «la Féerie cinghalaise»), modèle du personnage de Bloch chez Marcel Proust, marié avec la petite-fille du marquis de Sade, a donné «Arsène Lupin», pièce jouée à l'Athénée à guichets fermés. Désormais agacé par sa créature, Maurice Leblanc tenta de tuer Arsène Lupin, puis, «sous la pression populaire», le fit renaître, avant de tempêter : «Lupin, ce n'est pas moi!»
Maurice Leblanc
Maurice Leblanc, fils d'un armateur, est né en 1864 à Rouen. Journaliste, ami de Jules Renard et d'Alphonse Allais, il inventa Arsène Lupin en 1905, et inspira Gaston Leroux (Rouletabille) et le duo Souvestre et Allain (Fantômas). Il est mort en 1941 à Perpignan. (Sipa)
C'est que Maurice Leblanc avait d'autres ambitions: il désirait être un auteur sérieux. Il signa des romans aux titres austères («Ceux qui souffrent», 1894) ou intrigants («le Scandale du gazon bleu», 1935), mais ne se débarrassa jamais de Lupin qui, désormais, hante à jamais l'aiguille d'Etretat et le coeur noir des banquiers.
A l'époque, le bon Maurice était éclipsé par sa soeur Georgette, maîtresse de Maeterlinck, membre d'un cercle saphique, logée dans le phare de Tancarville... Florence Leblanc n'a pas connu son grand-père, qu'elle décrit comme un homme bon, enthousiaste, passionné, qui versa sur le tard dans un conservatisme opposé à ses idées libertaires de jeunesse.
Ainsi, au fil des livres, Arsène Lupin devient-il moins rebelle, et plus patriote. Le personnage du «Bouchon de Cristal» (1912) n'est plus tout à fait celui de «La Cagliostro se venge» (1934). Mais qu'importe! Lupin a eu tellement d'avatars: Raoul de Limézy, Désiré Baudru, Capitaine Janniot, Jacques d'Emboise, Etienne de Vaudreix, Jim Barnett, Marcos Avisto... Qui sait, il est peut-être à l'Elysée, aujourd'hui ?
«Je tiens à souligner que mon grand-père était un grand admirateur de Flaubert», dit Florence Leblanc. Il y avait de bonnes raisons: non seulement les deux hommes étaient normands, mais, en outre, Maurice Leblanc a été mis au monde par le docteur Achille Flaubert. C'était le frère de Gustave.
François Forestier
Les aventures extraordinaires d'Arsène Lupin,
par Maurice Leblanc, préface de Florence Leblanc,
Jean-Claude Gawsewitch, 356 p., 29,90 euros.
Source: "le Nouvel Observateur" du 15 décembre 2011.

Par Le Nouvel Observateur

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