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mardi 13 décembre 2011

POUR BIEN SE PREPARER A LA FIN DU MONDE

Apocalypse 2012 : nos conseils à douze mois de la catastrophe

Télérama

Le 12 décembre 2011    -    Mis à jour le 12 décembre 2011 à 19h20

La fin du monde ? C'est pour le 21.12.2012. Sacrés Mayas ! A un an de la catastrophe, leur prophétie n'en finit pas d'angoisser la planète.


Photo : Tommaso Sartori pour Télérama.
Survivre à la chute de la station orbitale Mir sur Paris le 11 août 1999, au bug de l'an 2000, aux micro-trous noirs du LHC du Cern, à l'orthogonalité desprogienne de nos montres le 11/11/2011 à 11h11, tout cela n'aura servi à rien. Nous allons tous mourir le 21 décembre 2012. Dans l'état de morosité ambiante, ce ne serait pas une surprise. Paco Rabanne n'y est pour rien cette fois-ci, mais les Mayas si. Ils ont laissé traîner un texte lacunaire grâce auquel l'archéologue britannique Sir John Eric Thompson est parvenu à dégager des corrélations entre le calendrier maya et le nôtre. Que dit ce texte ? Que le treizième baktun se terminera un jour « 4 ahau 3 kankin ». Et que se produira alors la descente de Bolon Yokte. Autant dire que nous sommes dans la mouise. Les crises économique et climatique réunies ne font pas le poids.
L'Américain José Argüelles, adepte du new age et des colliers de pierres qui pendouillent, a traduit à sa façon les découvertes des mésoaméricanistes. Dans un best-seller paru en 1987, il a annoncé au monde la mauvaise nouvelle jusque-là tue par les chercheurs : le calendrier maya s'arrête le 21 décembre 2012. Pas le 22. Pas le 20. Le 21. Saperlipopette.
2012fin.com
La fin du monde trois jours avant Noël ? Internet, matrice de la maladie mortelle autodiagnostiquée mais aussi de la fin des temps, a digéré l'oeuvre d'Argüelles et a recraché des milliers de sites et de blogs qui ne permettent pas de douter. Trois clics suffisent pour corroborer les in­fos. Sur 2012fin.com, un décompte égrène la joie qu'il nous reste à vivre avant l'heure dite (388 jours, 20 heu­res, 16 minutes, 13 secondes au ­moment où l'on écrit ces lignes). Un documentaire nous explique que l'apocalypse a aussi été prévue à la même date par la sibylle de la Rome antique, Merlin l'enchanteur, les Indiens hopi, ainsi que par le fameux Yi-king chinois, un système de signes binaires utilisé pour pratiquer des divinations et épater les filles. Même la Bible serait de la partie : l'Apocalypse de Jean ne contient aucune indication de date, mais, pour quelques exégètes très pointus, les derniers jours approchent. D'ailleurs, le projet Web bot, pythie robotisée qui fouille les tréfonds du « subconscient de nos sociétés » en analysant les mots les plus utilisés sur Internet, le con­firme : les Mayas ont raison, c'est pour le 21 décembre. Après ça, il n'y aura plus de lever de soleil, plus de rosée à l'aube sur les toiles d'araignée, plus de livre de Marc Lévy et plus de prédictions d'Elisabeth Tessier.
“Depuis deux ans, j'ai répondu à des centaines
de questions au sujet de 2012.”
David Morrison, chercheur à la NASA
Comment cela va-t-il finir ? Les oiseaux de malheur ne sont pas d'accord entre eux. Laissons de côté les Bisounours, qui évoquent le début d'un nouvel âge mondial plutôt qu'une vraie fin hollywoodienne. Et préférons les prophètes plus rock'n'roll, qui s'appuient par exem­ple sur les travaux des Sumériens, lesquels, comme chacun sait, ont découvert voilà six mille ans une planète nommée Nibiru, qui percutera la terre en 2012 et provoquera l'arrêt définitif de la pratique du chant chez Justin Bieber.
Cachant mal sa nervosité, la Nasa a expliqué qu'aucune planète de la taille de Nibiru n'avait jamais été repérée par ses télescopes et, en des termes plus administratifs, qu'il fallait peut-être arrêter de fumer la moquette. Dans une vidéo publiée sur le site de la Nasa en juin 2009, le chercheur David Morrison lâchait : « Depuis deux ans, j'ai répondu à des centaines de questions au sujet de 2012. Je veux saisir l'opportunité qui m'est donnée de vous le dire plus directement : il n'y a aucune menace qui pèse sur la Terre en 2012. Toutes les thèses liées à l'apocalypse ne sont qu'une vaste rumeur. » On mettra cette intervention sur le compte de la panique.
Car, sur Internet, les preuves ne manquent pas. Les bienheureux de la désolation misent beaucoup sur l'alignement planétaire exceptionnel qui surviendra le 21 décembre 2012, la Terre et le Soleil traverseront l'équateur galactique et seront sur l'a­xe du centre de la Voie lactée. Cette con­jonction déclenchera un chan­gement d'orbite de la Terre et hélas, la fin prématurée de la carrière de David Pujadas. La totalité des astronomes a beau hurler qu'il n'y aucun alignement spécial prévu en 2012 et, combien même, que cela ne chan­gerait pas grand-chose au fait qu'il faudra se lever le matin du 23 décem­bre pour faire ses courses de Noël en courant, les prédicateurs n'en ont cure. Car pour eux, c'est sûr : la communauté scientifique unanime affiche à l'évidence un positivisme un peu borné.
Tous les onze ans, le soleil passe
par un pic d'activité qui n'a jamais déclenché
autre chose que de belles aurores boréa­les
D'autres devins autodidactes espèrent que tout finira sous le soleil exactement, pas à côté. Notre astre pétera le feu en 2012, prédisent-ils. Des tempêtes solaires provoqueront une telle pagaille magnétique à la surface de la Terre que Luc Besson ne tournera plus jamais de film. Faux, répondent encore les scien­tifiques, véritables empêcheurs de mourir ensemble. D'abord le prochain pic n'aura pas lieu en décem­bre 2012, mais en mai 2013. Ensuite, comme les films de Besson, il n'aura rien d'exceptionnel. Tous les onze ans, le soleil passe par un pic d'activité qui n'a jamais déclenché autre chose que de belles aurores boréa­les et des dysfonctionnements des satellites artificiels.
Peu importe, des prophètes plus subtils nous annoncent une inversion des pôles, d'un coup, le 21 décembre 2012, provoquant séismes, tsunamis et chute de testostérone chez David Douillet. C'est déjà ar­rivé (l'in­version des pôles). L'étude des roches le prouve. Bon, ces inversions du champ magnétique terres­tre prennent d'habitude des milliers d'années. Mais le célèbre astronome Michel Mayor, chasseur d'exoplanètes, a parié mille euros qu'il n'y aurait aucune inversion des pôles ce jour-là. Le fait qu'il ait misé une somme aussi faible doit nous con­duire à la prudence. Voire au doute. Techniquement, beaucoup de sour­ces s'accordent pour situer le début de la fin du monde au Yellowstone Park, où dort le plus grand volcan du monde. Pour une mort brève et en famille, optez pour des vacances là-bas. Si vous préférez survivre, il faudra se rendre dans l'Aude. C'est dans le village de Bugarach, deux cents âmes en période de non-fin du monde, un peu plus lors des apocalypses, qu'il faudra crapahuter pour espérer fêter Noël 2012. Réputé parmi le milieu ésotérique pour sa disposition idéale dans les Corbières, le lieu est chéri depuis les années 1970 par des hippies en quête de quelque chose. En 2012, le lieu sera très couru. Prévoyez une tente. Le prix des terrains est en train d'exploser, laissant sur le carreau les jeunes agriculteurs locaux.
Sectes en embuscade
Bien sûr, comme à chaque fin du monde, les sectes fourbissent leurs armes. A tel point que la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a rendu un rapport en juin dernier qui, « sans vouloir jouer les Cassandre », souhaite « inciter à la prudence ». Le souvenir du Tem­ple solaire parti en transit pour ­Sirius reste en mémoire (74 morts de 1994 à 1997).
Aux Etats-Unis, en attendant le grand soir, on peut s'entraîner à l'apocalypse dans des croisières purificatrices contre dollars sonnants et trébuchant. La fin du monde est un excellent produit d'appel pour les profiteurs de peurs. Tapez « How to survive 2012 » sur Google et vous obtiendrez 4,3 millions d'occurren­ces, et autant de conseils pour acheter son bunker, acheter son kit de survie, acheter le livre ou le DVD sal­vateur. Bref, acheter.
Des esprits critiques objecteront que les crises économiques et climatiques réelles prennent des proportions catastrophiques ; que, plutôt que de pérorer sur la fin du monde, on ferait mieux de s'atteler à sauver ce qui peut l'être. Ils éludent le potentiel comique de cette journée maudite et la joie qu'elle peut faire jaillir sur nos semaines désenchantées. Car si Internet a couvé et nourri la rumeur, il cache aussi en son sein des antidotes. On a bu un peu de cet élixir sur Twitter en découvrant le message de @LennonTree (disparu depuis), dont la proposition perpétuerait ce qui est peut-être le plus vieux canular de l'histoire : « On pourrait créer un calendrier maya annonçant l'apocalypse en 3012 et le planquer au Mexique, histoire de bien faire chier nos descendants. »

Nicolas Delesalle

Télérama n° 3230
Le 12 décembre 2011    -    Mis à jour le 12 décembre 2011 à 19h20

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