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vendredi 23 décembre 2011

VLAD, J'ADORE ?

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ROUMANIE 

 

Dracula, scélérat sadique ou despote éclairé ?

Pour les Occidentaux, Vlad Tepes est le comte Dracula. Pour les Roumains, il est le prince sanguinaire mais juste, défenseur du peuple qui n’empalait que les traîtres et les voleurs.
22.12.2011 | Evenimentul Zilei
Biographie
Vlad Tepes (Vlad l’Empaleur), fils du prince Vlad le Diable, est né en 1431 à Sighisoara (Transylvanie). Il monte sur le trône de la principauté de Tara Romaneasca (Valachie) en 1456. En 1459, il refuse de payer le tribut aux Turcs qui occupaient les principautés. Vlad Tepes est mort assassiné par de riches propriétaires terriens en 1476, à Targoviste (la ville où furent exécutés les époux Ceausescu).
Les avis des historiens roumains sont partagés : certains comparent Vlad Tepes avec Dracon d’Athènes [législateur grec du VIIe siècle av. J.-C.] et voient en lui un génie politique, tandis que d’autres le tiennent pour un scélérat sadique.

L’Empaleur demeure un personnage très présent dans l’imaginaire collectif, et les déçus de la société actuelle, de la corruption et de l’injustice, l’invoquent encore, comme le faisait jadis le grand poète roumain Mihai Eminescu (fin du XIXe siècle) : “Pourquoi ne viens-tu pas, seigneur Vlad l’Empaleur ?”

L’historien Ioan Bogdan a critiqué la tendance de certains experts à idéaliser Vlad Tepes. Il a averti que l’historiographie roumaine avait tendance à présenter le voïvode (prince) comme un protecteur des pauvres et des justes et comme un prince organisateur. Pour Bogdan, l’Empaleur était “un tyran brutal et un monstre inhumain” : “Nous devrions en avoir honte, et non pas le donner pour un modèle de bravoure et de patriotisme”, écrit-il.

D’autres historiens, comme Constantin C. Giurescu, ont justifié ses actes de cruauté par l’intérêt supérieur de la nation : “Les tortures et les exécutions n’étaient pas des caprices : elles avaient leur raison d’être dans un monde où l’on n’avait pas encore inventé le principe de la diversité d’opinion.” Les massacres seraient donc justifiés, car l’Empaleur n’aurait cherché qu’à établir l’ordre, l’honnêteté et à consolider son règne. L’image la plus défavorable de Vlad l’Empaleur se retrouve cependant dans les chroniques allemandes et slaves. Certains experts les ont écartées d’emblée, estimant qu’elles étaient entièrement fausses. D’autres, bien que conscients du fait qu’elles contenaient des éléments inventés, destinés à étonner un public avide de sensationnel, pensent que ce sont des documents à valeur historique.

L’historien Lucian Boia est d’avis qu’autour de Vlad Tepes s’est créé le mythe du roi sévère mais juste, qui pourfendait les nobles, avides et corrompus : “Il s’agit d’une mythologie encore très vivace en Roumanie, et dont les Roumains devraient pourtant apprendre à se méfier. C’est le culte du chef caractéristique du peuple roumain, issu d’une société fondée sur les traditions. Une attitude de société paysanne, respectueuse envers le prince. Vlad Tepes est le souverain qui a toujours raison face à une élite avide d’enrichissement et de pouvoir. Son succès repose sur la vénération d’un peuple insuffisamment politisé, qui adule le dirigeant, qu’il soit prince, roi, président communiste ou post-communiste.”

L’historien Neagu Djuvara décrit dans son livre O Scurtă Istorie a românilor povestită celor tineri (Une brève histoire des Roumains racontée aux jeunes) le supplice du pal : “C’était une terrible agonie : un grand pieu était planté dans le sol, et le condamné était, en quelque sorte, crucifié – quelque chose de terrible à dire, le pal était graissé avec du suif, puis introduit par les fesses, mais très lentement, pour ne pas causer une mort immédiate ; il ne fallait pas qu’il perce le foie ou le cœur, mais devait sortir par le cou, et l’homme restait exposé, pour que les corbeaux lui mangent les yeux.”

Bien qu’on lui ait créé une image de monarque juste, proche du peuple, les chroniques slaves racontent qu’une fois, le voïvode ordonna le rassemblement des mendiants et des malades du pays, les enferma dans une maison, les nourrit à satiété, puis mit le feu à la maison. Les Saxons de Transylvanie figurent parmi les victimes de Vlad Tepes. Insatisfaits des facilités commerciales accordées par le souverain roumain, les Saxons de Sibiu et de Brasov prêtaient soutien et abri à divers prétendants au trône. En conséquence, l’Empaleur traversa plusieurs fois les Carpates pour ravager les villages de la région de Ţara Bârsei ­[Burzenland, sud de la Transylvanie]. Les chroniques racontent que le voïvode confisqua les richesses de 600 marchands du Burzenland avant de les empaler.

Les chroniques décrivent aussi le cynisme du voïvode : il aurait obligé un prétendant au trône à creuser sa propre tombe avant de le tuer, et aurait empalé le commandant ottoman Hamza sur un pieu plus haut que ceux des autres Turcs.

L’un des récits slaves qui fut, paraît-il, le livre de chevet d’Ivan le Terrible, raconte un épisode où, certains Turcs ayant refusé de se découvrir devant lui, Vlad Tepes ordonna qu’on leur clouât le turban sur la tête. Il est aussi écrit qu’une fois, sur la route, l’Empaleur ayant rencontré un homme avec une chemise sale, il se rendit chez lui et fit empaler sa femme sur-le-champ pour la punir de sa paresse.

Ce qui demeure certain, au-delà des histoires invraisemblables nées de l’imagination surchauffée des contemporains, est que Vlad Tepes était un homme d’une rare cruauté, même pour l’époque : l’original de son célèbre portrait, qui figure dans les manuels scolaires, se trouve d’ailleurs aujourd’hui encore au château d’Ambras, près d’Innsbruck, dans un musée des horreurs, parmi d’autres monstruosités immortalisées en peinture.
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FILMS A l’écran
Depuis Nosferatu en 1922, jusqu’au prochain Dario Argento, Dracula 3D, le personnage a inspiré 223 films. Parmi les plus connus, les Dracula de 1931 (avec Béla Lugosi), 1958 (avec Christopher Lee) et 1992 (Bram Stoker’s           
Dracula, avec Gary Oldman). De nos jours, Twilight (2010-2011). Les fans de Vlad Tepes le retrouvent aussi dans le jeu vidéo Assassin’s Creed, version 2011.

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